Date de publication: le dimanche 11 janvier 2009 Ã 17h58
Dernière modification: par Pascal BOYER le lundi 12 janvier 2009 à 15h46
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Article de Doan BUI paru dans le N°2301 du journal Le Nouvel Observateur en date du 11 au 5 Décembre 2008
Amap (Association pour le Maintien d'une Agriculture paysanne). Un système d'achat direct de plus en plus plébiscité par les citadins.
Des labels en pagaille qui se multiplient à n'y comprendre goutte, du lait chinois contaminé à la mélamine, de la dioxine dans les cochons irlandais, du bétail nourri au soja OGM, des graisses industrielles cancérigènes dans le goûter des enfants, des pesticides jusque dans nos grands crus... Remplir son chariot est devenu aussi simple que lire Heidegger en allemand. Ajoutez les cris d'alerte des scientifiques sur l'épidémie d'obésité, de cancers, de maladies cardio-vasculaires, et le tableau est complet. Manger, cet acte de plaisir, est en train de devenir hautement anxiogène... Il est urgent d'apprendre – ou de réapprendre – à bien manger.
Depuis une vingtaine d'années, notre assiette est devenue un terrain de jeu pour ingénieurs chimistes. Les aliments, sans doute, sont mieux contrôlés, donc plus sûrs ; les intoxications alimentaires ont fortement décru. Mais le développement d'une agriculture intensive biberonnée aux produits phytosanitaires et la technicité croissante des procédés de transformation ont progressivement coupé le lien avec le produit d'origine : que reste-t-il du poulet dans les chicken nuggets dont raffolent nos enfants ?
En matière d'«horreur alimentaire », les Etats-Unis détiennent la palme. On y pratique allègrement l'irradiation des laitues, des saucisses et des épinards ; on injecte du monoxyde de carbone dans les steaks pour les garder bien rouges, et on lave les poulets au chlore pour tuer les bactéries. Des aberrations qui sautent les frontières puisqu'en mai Bruxelles a autorisé l'importation du fameux poulet chloré : 300 000 tonnes seraient prêtes à inonder le marché. Championne du low-cost, l'industrie agroalimentaire rivalise d'inventivité pour rogner sur le coût des matières premières : on remplace le beurre par des graisses végétales hydrogénées, le sucre par du sirop de fructose... Et que dire de cette crème fraîche light premier prix, en fait une « préparation à base de crème laitière », avec seulement 67% de crème ? Le reste ? Des protéines de lait, de l'amidon, de la maltodextrine de blé (?) et... de la gélatine de porc ! « Les produits de marque distributeurs sont comparables avec les grandes marques. Mais, c'est vrai, les premiers prix sont de la m... », confesse un patron de la grande distribution. Bien manger serait-il devenu un privilège de riches ? « La fracture alimentaire n'est pas une fatalité, s'emporte Laurent Chevallier, nutritionniste. Il faut juste revenir à des aliments moins transformés. » Son conseil : « Regarder la composition :plus la liste des ingrédients est longue, plus il faut se méfier. Eviter les plats tout prêts. Et manger moins de viande. »
Autre aberration : la mondialisation croissante de notre nourriture. Aujourd'hui, la Chine est devenue le premier exportateur de fraises, qu'on retrouve dans nos pâtisseries surgelées ou nos yaourts. Idem pour les tomates : Chalkis, le numéro un chinois, a racheté il y a trois ans la coopérative française Le Cabanon, dont le concentré de tomates, toujours produit en Provence, est désormais fabriqué avec des tomates chinoises. La liste de nos aliments globe-trotteurs serait interminable : panga du Vietnam ou perche du Nil, haricot vert du Kenya ou cerise du Chili. On imagine la facture énergétique ! Quant aux conséquences sanitaires... Pour entreprendre leur long voyage, nos aliments sont lestés de conservateurs pas forcément ragoûtants. « La Thaïlande est en train d'inonder la planète avec ses crevettes. Mais à quel prix ! s'inquiète le toxicologue Jean-François Narbonne. Dans les bassins d'élevage, les crevettes sont si tassées qu'il faut supplémenter l'eau en fer et en minéraux. On leur jette des carcasses de voitures. Et comme c'est un vivier de maladies, on les gave d'antibiotiques. » Bon appétit.
N'y a-t-il donc de salut que dans le bio ? Las ! Malgré une demande croissante, le bio reste un marché de niche, trop cher pour bien des Français. Tout simplement parce que l'offre ne suit pas... Avec seulement 2% des terres cultivables reconverties dans le bio, la France est dans le peloton de queue européen. La plupart des produits bio vendus sur le territoire viennent d'Autriche, qui a converti 13% de ses surfaces, ou d'Italie, premier producteur bio avec plus d'un million d'hectares disponibles (deux fois plus qu'en France). « Nous restons prisonniers du modèle "agriculture intensive à haut rendement". C'est là que vont les subventions, au détriment du modèle bio et des petits producteurs, déplore François Veillerette, président du MDRGF (Mouvement pour le Droit et le Respect des Générations futures), qui milite contre les pesticides. On dit que le bio est cher. Mais si on ajoutait dans le prix des produits conventionnels tout ce qu'ils coûtent à la collectivité en termes de pollution, ce serait l'inverse. » Heureusement, la situation est en train de changer. Timidement. Le ministre de l'Agriculture s'est engagé à réduire l'usage des pesticides. Et il travaille à un plan destiné à tripler les surfaces de culture bio, en promouvant la filière bio dans les cantines scolaires.
En attendant, bio ou non, à chacun de nous de se comporter en consommateur avisé. Mieux lire les étiquettes, modifier légèrement notre équilibre alimentaire, favoriser les achats de proximité et les produits de saison. Bref, manger bien, manger sain, manger malin, c'est possible. Et pas si compliqué. Voici comment.
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